Le harcèlement scolaire

Je suis tombée un peu par hasard sur la nouvelle campagne de l’éducation nationale contre le harcèlement scolaire… Et je la trouve un peu nulle, tant pour les instits, dont je fais partie, qui passent dans cette campagne pour des sans-cœurs aveugles, que pour les victimes…

C’est un sujet difficile, qui me fait peur en tant que maman, et en tant qu’ancienne victime de ce harcèlement…Car oui, même si c’est un sujet que je n’aborde quasiment jamais, j’ai beaucoup souffert, au collège, du comportement de mes camarades.

Trop grande, timide, maladroite, pas à la mode, trop jeune, pas assez brillante… Tellement de raisons qui n’en sont pas, mais qui ont suffi à faire de moi une paria pendant près de 2 ans.

Je me souviens avec beaucoup de douleurs de ces années difficiles. Le midi à la cantine, où je mangeais seule, où j’attendais dans la file de la cantine, raillée par mes camarades, qui pour se moquer, étaient très soudés…

Des moqueries sur mon physique, sur mon intelligence, sur ma famille… Quand on a 12 ans et qu’on est mal dans sa peau, c’est difficile à supporter. On a envie de craquer… Et quand l’un de vos « camarades » vous demande pourquoi vous ne vous suicidez pas, parce qu’après tout, ce serait « un bienfait pour l’humanité »…

Des paroles de gamin, vides de sens, mais qui, lorsqu’elles vous sont adressées, vous déchirent de l’intérieur.

J’ai encaissé, mais non sans mal, ni sans dégât!
J’ai tout gardé pour moi, à cette époque. Je ne pense pas que ma famille ait réalisé ce qui se passait… J’essayais de ne rien laisser filtrer, je prétendais avoir des amies, que tout allait bien. J’avais à la fois honte de moi et peur qu’ils s’inquiètent pour moi…

Je me souviens de ces élections pour je ne sais plus quel représentant de la classe (un truc inutile qui nécessitait des réunions après les cours), où tous avaient voté pour moi, pour pouvoir se moquer encore une fois. Je me souviens de l’incompréhension de ma prof, qui me disait que je devrais être flattée, que c’était une victoire écrasante, que mes camarades devaient vraiment me faire confiance… Chacune de ses phrases enfonçait un peu plus le clou. Et les ricanements des instigateurs en rajoutaient…
Je me souviens des larmes qui montaient, mais que je refusais de laisser sortir…

Et toutes les autres fois. C’est fou comme ces souvenirs peuvent être précis. Tous les surnoms dont ils m’affublaient, toutes les insultes que je n’arriverai jamais à répéter, ni à écrire ici, les mots écrits dans les toilettes, toutes les menaces…

Je me rappelle aussi que le vendredi, nous étions la première classe à la cantine. Pendant 5 minutes, nous étions les seuls dans le grand réfectoire. Et 5 minutes, ça peut sembler une éternité…
Et je me souviens de ce midi, où tous se sont assis ensemble, pendant que moi je m’asseyais seule. Je me rappelle de cette « camarade », qui s’est levée en ricanant, et a crié bien fort : « Vous avez vu, il y a 2 clans dans la classe : Elle, et nous! » Et les rires de tous les autres… Sauf un, qui s’est levé, a pris son plateau, et m’a rejoint, après m’avoir demandé l’autorisation de s’asseoir avec moi. Ce n’était même plus un ami, même si à une époque, nous l’avions été. Mais il n’avait pas supporté l’injustice…

Parce que dans cette classe, il y avait effectivement des « bourreaux », mais au final, ils étaient peu nombreux… La plupart se contentaient de suivre les plus populaires, ceux qui parlaient le plus fort, et les timides, bien contents que la méchanceté soit dirigée contre quelqu’un d’autres qu’eux, et qui n’osaient pas intervenir, de peur d’être à leur tour pris en grippe…

En tous les cas, cette période m’a marqué, et je me rappelle très distinctement de cette sensation d’être en-dessous des autres, de ce sentiment qu’après tout, si ils sont si nombreux à le dire, c’est que ça doit être vrai… Je me rappelle qu’à l’époque, je me suis sentie lâche, parce que je n’osais pas commettre l’irréparable. Et bien aujourd’hui, je suis bien contente d’avoir été aussi « lâche ». Parce que cette lâcheté, c’est en fait de l’espoir. Je suppose qu’au fond de moi, j’ai toujours espéré que ça ne durerait pas, j’ai toujours eu l’espoir que cette période finirait par passer.

Et effectivement, ça n’a pas duré. Dés l’arrivée au lycée, tout a changé : je me suis fait de nombreuses amies, et quelques amis aussi, j’ai rencontré mon grand Loup, j’ai pris confiance en moi.
Et en tant qu’adulte, je me sens également épanouie, j’aime mon boulot, j’aime ma famille, j’ai des amies et amis merveilleux, je m’éclate, je profite… Et quand je regarde en arrière, je me dis juste : Heureusement! Heureusement que je n’ai pas craqué…

Malheureusement, tellement d’autres ont craqué. Tellement d’autres ne verront jamais que le meilleur est à venir… Tellement d’autres qui ne devraient pas avoir à s’accrocher…

Et si un jour, c’était un de mes enfants, qui devait s’accrocher?
Cette idée me terrifie… Je me rassure en me disant que je reconnaîtrais peut-être les signes, mais rien n’est moins sûr…

Alors oui, le sujet du harcèlement scolaire doit être abordé, mais avec sérieux, en en mesurant toute l’importance! Ce sont des vies, des avenirs qui sont en jeu! C’est notre responsabilité à tous, en tant que parents, qu’enseignants, que frères, sœurs, amis, voisins… Il serait peut-être temps de retirer nos œillères, et de s’intéresser vraiment à ceux qui nous entourent!

N’oublions pas que des paroles qui peuvent nous sembler anodines à nous, peuvent briser quelqu’un d’autre!

4 Commentaires

  1. Ton article m as touché.
    Je ne l’ai pas vécu personnellement meme si en 3ieme j’ai été mise de côté par groupe de fille j avais toujours mon mon meilleure ami qui était la pour moi.
    Mais autour de moi j’ai vu des enfants rejeté et par peur…par angoisse du regard des autres je regardait sans rien dire.
    Et ça me travail encore aujourd’hui…je pense a ma fille qui pourrait être e victime un jour …j’

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