Garder la motivation…

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Vous le savez, je suis enseignante. Prof des écoles, pour être plus précise.
Depuis quelques années maintenant, je suis remplaçante. C’est un choix que j’ai fait pour pouvoir travailler dans une commune proche de chez moi, n’ayant pas assez d’ancienneté pour obtenir un poste fixe dans une école.

Ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux savent peut-être que cette année, j’avais postulé pour un poste dans une classe d’enfants porteurs de handicap.
C’est un poste qui m’intéresse depuis longtemps, mais avant de sauter le pas et de passer la spécialisation, je voudrais tester sur le terrain, pour être sûre de ne pas me tromper (et de toute façon, je n’ai apparemment aucune chance d’être prise pour passer cette spécialisation tant que je ne serai pas en poste sur ce type de classe…).
Sauf que n’ayant pas la spécialisation, je ne peux pas postuler sur ce poste « à titre définitif » (c’est à dire, jusqu’à ce que j’en ai marre et que je choisisse un autre poste). Mais je peux l’obtenir à titre « provisoire » (pour une année, en sachant que je peux être maintenue plusieurs années durant si personne ne demande le poste).

Vous me suivez jusque là ? Attention, ça se complique!

Comme j’ai déjà un poste à titre définitif (mon poste de remplaçante), je dois demander une « double nomination » (en gros, je suis nommée à titre provisoire sur le poste spécialisé, et je garde mon poste de remplaçante sous le coude pour le jour où je devrais quitter l’autre poste). C’est quelque chose qui se fait régulièrement, donc à priori pas de problème.
Sur les conseils de l’inspection de ma circonscription, je fais mon CV, ma lettre de motivation, que j’envoie à l’inspectrice spécialisée dans le handicap, qui le signe et l’envoie au service décidant des nominations.
Je suis plutôt sereine, puisque tout le monde m’affirme que personne ne veut de ces postes, donc qu’ils seront bien contents d’avoir une volontaire!

Mais! Parce qu’il y a un mais… Pour une raison inconnue, cette année, l’Education Nationale a décidé de n’accorder aucune double nomination dans le bassin où je travaille. Du coup, sur le poste que je demandais, ils ont nommé une jeune titulaire, qui n’a pas plus envie que ça d’être sur le poste… Je la contacte, et elle accepte d’échanger avec moi…
Sauf qu’on me rétorque que ce n’est pas possible, car elle est à mi-temps annualisé… Et on ne peut pas être remplaçante quand on est à mi-temps… (par contre, on peut l’être pour gérer une classe d’enfants porteurs de handicap, et donc plutôt fragiles… logique).

Bref, pas de négociation possible, je me suis faite rembarrée, et je l’ai vraiment en travers…
Mais vraiment! Au point que je songe sérieusement à quitter l’éducation nationale…

Alors comme j’ai quand même besoin de sous (bah oui, on a une maison à acheter dans quelques mois tout de même!). J’essaye de me remotiver en pensant aux bons souvenirs que j’ai en tant que maîtresse…

Mes élèves qui prennent ma défense

Un des plus anciens que j’ai remonte à ma première année.
En sortie avec mes CM2 un peu turbulents, je me retrouve en train d’enguirlander deux de mes élèves qui touchaient aux voitures garées le long du trottoir. A ce moment-là, deux jeunes (un peu racailles sur les bords) m’interpellent en me reprochant de gronder ces enfants. Surprise, je n’ai même pas eu le temps de répondre, ce sont mes élèves (ceux que j’enguirlandais) qui l’ont fait, et qui se sont énervés contre les deux jeunes, en leur disant qu’ils n’avaient pas à me parler comme ça! Que je suis leur maîtresse, et que je fais ce que je veux, et qu’en plus, j’ai raison de les gronder, car ils ont fait une bêtise…
Je suis restée sans voix, mais super fière de mes petits élèves!

L’arroseur arrosé

Toujours la même année, et toujours en sortie! Mais pour fêter la fin d’année scolaire cette fois! Nous avions emmené les enfants dans un parc avec des jeux d’eau, mais il était encombré par d’autres classes. Du coup, nous nous étions mis à l’écart, et l’après-midi, qui avait mal commencé, s’est terminé en énorme bataille de bouteilles d’eau entre les élèves et les enseignants…
Une après-midi de franche rigolade, et un excellent souvenir

Les collègues

Il y a un peu plus de deux ans, je suis arrivée en remplacement dans une école, pour quelques semaines au départ. C’était la période précédent mon mariage aux Seychelles! Alors forcément, en grande pipelette que je suis, toutes mes collègues étaient au courant de mon futur mariage!
Et chaque jour, mes collègues me proposaient gentiment quelque chose à boire quand j’étais de service. Un café tout d’abord, mais je n’aime pas ça! Alors chaque jour, elles me harcelaient pour savoir ce que je buvais… Thé, jus, chocolat…
Honnêtement, je les trouvais un peu bizarre, voire lourdes (j’aime pas le café, j’ai le droit non? Pourquoi elles me harcèlent!)
Mais en fait, je l’ai compris après, elles cherchaient une idée de cadeau à m’offrir avant mon mariage! Et leur première idée était un service à café…
J’ai trouvé ça trop sympa, car je n’étais pas là depuis longtemps, et leur attention m’a beaucoup touchée! (d’ailleurs, cette école et celles qui y travaillent, ou y ont travaillé, ont été un gros coup de cœur!)

Les galères qui finissent bien

Bon, dans l’absolu, ce que je vais écrire n’a rien d’un bon moment, mais avec le temps, ça me fait beaucoup rire… A cette époque, je bossais à St Denis, et j’étais maître E (c’est à dire que je prenais des petits groupes d’enfants en difficulté). Jour de grève, pas d’élève dans l’école, mais je préparais mon inspection… J’étais dans l’école avec mon directeur, qui n’a pas pensé à me prévenir que nous finissions une heure plus tôt puisqu’il n’y avait pas d’enfant… Du coup, je me suis retrouvée enfermée dans l’école! Le seul moyen de sortir était d’escalader un grand portail avec des piquants à son sommet…
Après avoir fait trois fois le tour de l’école pour trouver une autre issue, j’ai fini par me résigner, et j’ai grimpé au sommet du portail.
Une fois là-haut, j’avais le vertige, et j’étais encombrée par mon sac… Je n’ai rien trouvé de mieux qu’interpeller un petit vieux qui passait dans le coin, pour lui demander de me garder mon sac (oui, une fois que je lui ai donné mon sac, j’ai pensé au fait qu’il aurait pu se barrer avec en courant… mais il ne l’a pas fait).
Mais je n’arrivais toujours pas à descendre, j’étais complètement bloquée, une jambe de chaque côté, le pantalon déchiré par un des piquants…
Et là, je vois trois jeunes qui passent, et qui commencent à se moquer de moi (en même temps, il y avait de quoi). Du coup, je leur demande si ils ne veulent pas m’aider au lieu de se moquer… Et ils m’ont sortie de là! L’un d’eux est monté pour m’attraper, pendant qu’un autre me faisait la courte-échelle pour que je descende facilement!
Comme quoi, à St Denis aussi, il y a des jeunes sympas 😉

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Les petites attentions

Je ne pourrais pas les compter toutes, mais les petits mots de remerciement dans le cahier en fin d’année ou de remplacement, les cadeaux avant mes départs en congé maternité, mes élèves qui se souviennent de ma date d’anniversaire et m’attendent, bien rangés, pour me chanter joyeux anniversaire (et avec un gâteau fait par une maman), les fins de remplacements qui se terminent avec des larmes, quand mes CM2 me chantent « adieu monsieur le professeur » ou me ramènent des babioles de chez eux pour que « je ne les oublie pas »…

Bref, ce boulot est parfois ingrat, car nous sommes des fonctionnaires, et nos patrons considèrent qu’on est là uniquement pour fonctionner… Mais c’est aussi et surtout un métier riche, plein de rencontres et de découvertes, où il faut se remettre en question et se renouveler chaque jour, et où chaque journée est unique!

Désolé pour le pavé, mais ça fait du bien, car la pilule est difficile à avaler! J’ai ce défaut de me projeter trop vite, et là, je me voyais déjà dans cette CLIS/ULIS, prête à passer la spécialisation, pour continuer dans le spécialisé…
Mais ce n’est que partie remise! Il faut que j’y crois, je réessaierai l’an prochain!

10 Commentaires

  1. Une de mes meilleures amies vit les mêmes déboires que toi… mais tu as raison de positiver en soulignant les jolis moments qu’offre cette profession! Trop mignons tes élèves qui prennent ta défense! 😉 Et en attendant la rentrée… profites bien de tes vacances! bisous

    • Malheureusement, dans l’éducation nationale, ça devient monnaie courante ce genre de cas…
      Mais heureusement, il y a de beaux moments :)
      Merci, et je compte bien en profiter!
      Bisous

  2. Je découvre votre blog aujourd’hui grace à Holà Olé les mamies stars et je suis ravie…
    Je comprends votre mécontentement. L’Education Nationale a parfois très peu de « cervelle ». J’ai un petit fils handicapé et je sais combien notre Ecole manque de personnes dévouées et désirant aider les enfants dit « pas comme les autres »… pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer…. mais l’Administration à ses raisons que le fonctionnaire même ignore…… je suis moi même fonctionnaire…… en tout cas essayez de garder votre motivation intacte et n’abandonnez pas… nos enfants ont besoin de vous. J’ai adoré vos petites annecdotes… comme quoi ce métier peut être plein de surprises et de bonheur… Belle soirée à vous et au plaisir de vous suivre (ps. désolée pour la longueur du commentaire, mais je suis une grande bavarde… lol)

    • Oh! Merci pour ce gentil commentaire, et bienvenue par ici alors! :)
      Oui, je me rebooste et je retenterai l’année prochaine!
      C’est vrai que j’ai la chance de travailler avec des petits bouts plein de surprises, alors il y a beaucoup de jolis moments!
      (et pas de problème pour la longueur du commentaire, moi aussi je suis une bavarde ;))

  3. Quelle jungle ces histoires de nominations! Mais quelles belles histoires et que de beaux echanges avec tes eleves! Rien que ces souvenir valent tellement!
    (et pour finir par un petit ricanement, je ne me remets toujours pas de t imaginer juchee sur ta grille, hahaha)!
    Courage a toi en tout cas pour l’annee qui s’annonce!

  4. Vraiment désolée que tu n’aies pas eu le poste demandé… pour toi et pour les enfants qui t’auraient eue comme enseignante…
    Pour les raisons de s’accrocher : métier difficile, c’est certain, décrié parce que le système va mal, parce que faut le dire aussi, le français est râleur par nature. Mais un bon enseignant, c’est un enseignant qu’on n’oublie pas… Ma fille cadette n’est quasiment jamais allée à l’école, cependant elle adorait une maîtresse à tel point qu’elle avait inventé la journée de la fête des maîtresses… trouvant que ce n’était pas normal de ne pas les fêter.
    Profite bien des vacances !

  5. Courage ma belle. Quand tu me décris tes collège is et tes élèves sympas, je te conseille de penser à eux. Étant croyante, je dis toujours que rien n’arrive pas hasard. Ce n’était pas ton moment, quand il arrivera tu l’apprécieras encore plus car tu auras attendu. Plein de bisous

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