C’est l’histoire d’un grain de sable …

C’est l’histoire de Lulu, et de sa maman Babette.
Babette, elle voulait vraiment avoir des enfants. Elle adore les bébés, alors c’était une évidence pour elle.

Et puis Lulu est arrivé. Au début, c’était fatigant, forcément, mais également tellement épanouissant! Il faut dire qu’il était beau, le petit Lulu, il avait la même bouille que son papa, un petit sourire enjôleur et des yeux de fripouille.

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Lulu a eu un an. Il a commencé à marcher, quelques mois après son anniversaire et c’était encore plus rigolo de l’observer évoluer. Babette était comblée, son petit trésor emplissait sa vie de joie.

Mais Lulu a continué de grandir. A 2 ans, il était encore un peu brusque et préférait jeter ses jouets partout plutôt que d’inventer des histoires. Mais Babette ne s’inquiétait pas : après tout, c’est un garçon, et les garçons aiment bien jouer comme ça non?
Ce qui l’inquiétait, en revanche, c’était que Lulu ne parlait pas. A 2 ans et demi, à part papa et maman, il n’y avait pas grand-chose d’autre que Lulu racontait de compréhensible.
Ça inquiétait tellement Babette qu’elle en a parlé au pédiatre. Il a vérifié l’audition de Lulu, au cas où, mais il n’y avait rien de ce côté là. Alors il a balayé les inquiétudes de Babette avec un « Ne vous inquiétez pas, quand il ira à l’école, tout ira mieux ».

Oui, parce que Lulu, il ne va pas à la crèche, il ne va pas non plus chez la nounou, vu que sa maman ne travaille pas. Il reste avec elle toute la journée, alors les autres, ils pensent qu’il ne fait rien de ses journées. Si ça se trouve, Babette, elle met Lulu toute la journée devant la télé, pour avoir la paix et surfer sur Facebook! En tout cas, quand Babette discute avec d’autres mamans, elle a l’impression qu’elles pensent ça, et ça lui fait de la peine.

Parce que ce qu’ils ne savent pas, les autres, c’est qu’à la maison, Babette, elle essaie plein d’activités pour éveiller Lulu. Elle n’arrête pas de lui parler, elle lui fait écouter de la musique, des chansons, elle lui a acheté plein de lotos et d’imagiers pour essayer de lui apprendre des mots… Et les seules fois où elle surfe, ce n’est pas sur Facebook, mais pour chercher des idées afin d’aider Lulu à se débloquer avec le langage.

Et puis un jour, Lulu a 3 ans, le mois de septembre arrive, et la fameuse entrée en Petite Section également…

Babette est très stressée. Lulu n’est pas encore très à l’aise sans sa couche. Elle a peur que l’école ne veuille pas le prendre, mais en même temps, elle se dit qu’il en a vraiment besoin, de l’école. En plus, le docteur lui a dit que les difficultés de Lulu disparaîtraient quand il irait!

Alors elle l’inscrit, mais pas à la cantine. Comme ça, il ne restera pas l’après-midi à la sieste.
Mais elle veut quand même prévenir la maîtresse, lui dire que Lulu, il ne parle pas encore, mais que le docteur a dit que ce n’était pas grave…

Le mois de septembre passe.
Mais il ne se passe pas bien… Lulu fait plein de bêtises : il tape, il crie, il n’écoute pas la maîtresse ni l’Atsem, il ne se fait pas de copains, et il ne parle pas mieux…
Du coup, la maîtresse s’inquiète, et Babette encore plus.

Elle prend plein de rendez-vous chez plein de docteurs dont elle ne soupçonnait pas l’existence avant : un pédopsychiatre, un psychomotricien, un orthophoniste… Lulu fait des bilans partout. Ils courent partout pour être à l’heure aux rendez-vous, et si possible pour ne par rater l’école…

Et là, Babette, elle attend des réponses! Parce qu’elle a bien compris qu’il y a un truc qui ne va pas chez Lulu, un grain de sable qui enraye la machine et qui empêche Lulu de fonctionner correctement.
Du coup, ce qu’elle voudrait le plus, c’est poser un mot sur ce grain de sable! Pour comprendre, et aussi expliquer aux autres, ce qu’il a, son Lulu d’amour…

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Mais une fois tous les bilans faits, tous les examens faits, les médecins ne savent toujours pas quel nom il a, ce grain de sable. Il est bien là, mais ils ne savent pas comment il s’appelle.
Ils lui parlent de retard de langage, de trouble de l’attention, ils lui expliquent qu’elle va devoir monter un dossier auprès de la MDPH, pour avoir une AVS à l’école, car sinon, Lulu ne pourra pas continuer à être scolarisé…

Alors Babette se renseigne, elle harcèle cette fameuse maison du handicap (la MDPH) pour avoir toutes les informations, et faire avancer le dossier de Lulu plus vite… Parce que c’est lent, tout ce processus. On lui dit qu’il n’aura pas d’aide à la vie scolaire (l’AVS) avant un an! Mais Babette n’est pas d’accord! Elle sait qu’il en a besoin tout de suite, et elle ne comprend pas pourquoi ils ne veulent pas lui en donner une!

Le temps passe, la maîtresse est de moins en moins patiente avec Lulu. Elle est fatiguée de devoir l’empêcher de taper les autres enfants, fatiguée d’essayer de le faire progresser et de voir que ça n’aboutit à rien. Et fatiguée d’entendre les râleries des autres parents qui aimeraient bien que Lulu, il ne soit plus dans la classe.
Alors dés fois, elle n’est pas très gentille avec Babette, et elle lui reproche plein de choses, mais elle ne sait pas que Babette se démène toute la journée pour faire avancer le schmilblick…
Et puis les autres aussi, ils ne sont plus très gentils avec Babette. Quand ils la croisent avec Lulu, il ont ce regard… Vous savez, celui un peu accusateur, un peu condescendant, qui trouve que Lulu, puisqu’on ne trouve pas de nom à son grain de sable, c’est peut-être parce qu’il n’y en a pas, de grain de sable. C’est peut-être Babette, le grain de sable. Si ça se trouve, elle s’occupe tellement mal de Lulu, que c’est pour ça qu’il parle peu, qu’il crie et qu’il tape tout le monde!

C’est la fin de l’année. Ca y est, Lulu a une AVS. On est au mois de juin, il était temps. Elle n’a pas l’air de trop savoir ce qu’elle doit faire. Forcément, elle n’a pas de formation. Mais elle est motivée, et le courant passe bien avec Lulu!
Mais ils ont à peine le temps de faire connaissance, que c’est déjà les grandes vacances…

Lulu, ce n’est ni ma petite louve, ni mon petit louveteau, mais ça aurait pu…

C’est un peu la loterie de la naissance. Il suffit d’un rien, pour que tout bascule…
Et quand ça arrive, soyons lucides, ce n’est pas ce qu’on espérait pour eux, et c’est bien normal.

Mais on en connaît tous au moins un, de Lulu.
Celui dont on entend toujours parler à la maison, qui ne fait que des bêtises dans la classe et qui est toujours dans le rouge sur le tableau du comportement.
Celui que la maîtresse n’arrête pas d’envoyer dans une autre classe car il embête tout le monde.
Celui qui crie sans qu’on sache pourquoi à la sortie de l’école.

Et souvent, on se permet de juger, en se disant que si c’était le nôtre, il ne se comporterait pas comme ça!
Et bien n’oublions pas qu’on ne sait pas comment ça se passe chez Lulu! Ce n’est pas notre loulou, on ne sait rien de son quotidien, ni de celui de ses parents. Alors arrêtons avec nos regards accusateurs, et soyons un peu plus empathiques!

Des grains de sable, il y en a des milliards sur la Terre, et ils n’ont pas tous un nom. Ce n’est pas parce qu’on ne les connaît pas qu’ils n’existent pas. Et c’est déjà assez difficile pour toutes les Babette de vivre avec ces grains de sable, alors ce n’est peut-être pas la peine d’en rajouter!

11 Commentaires

  1. Un grand bravo à Babette ! Se battre pour son enfant : le plus honorable combat qu’il existe ! ne rien lâcher surtout !

  2. Juste bravo pour ce texte…. j’ai la chance de ne pas avoir de soucis majeurs avec mes enfants , mais tu as raison il faut soutenir ces parents et ne pas les enfoncer…

  3. Bravo pour ce jolie teste que je ne manquerai pas de faire lire à mon amie qui a une Lulu et qui comme tu le décris a bien galéré…c’est très difficile à gérer ce genre de situation à mon amie gère comme un chef tout en ayant deux autres enfants. Quand je vois tout ce qu’elle accompli je me demande comment elle fait. Juste un mot : respect ! Respect pour toutes ces mamans qui ont un Lulu car elle le mérite !

  4. Mon grand a eu un autiste dans sa classe.. Il était gentil mais pouvait être méchant parfois. il a beaucoup progressé au niveau langage, propreté et j’en passe.. Mais sa maman sait bien qu’il ne pourrait pas y rester indéfiniment et devrait aller dans une institution. Car dernièrement il a violemment frappé un enfant..
    il a toujours été bien accepté, autant par les enfants , que par les professeurs ou les autres parents. Courage à Babette, cela ne doit pas être facile touts les jours mais pour son enfant on ferait tout ce qui est possible pour lui rendre la vie plus belle :*

  5. C’est un texte très touchant.
    Mes 2 enfants ont dans leur classe respective un petit garçon avec un « handicap » et ils ont besoin tous les deux d’une AVS. Ayant participé à des activités avec les 2 classes, je vois bien que ce n’est pas facile, ni pour l’enfant, ni pour la maîtresse, ni pour l’AVS. Donc j’imagine pour les parents…
    Mais les enfants apprennent à vivre et travailler avec des enfants différents et ça ne peut que leur apporter du bon je pense.

    • Merci! Oui, en général, les enfants qui côtoient dans leur classe un enfant différent ne le rejettent pas, au contraire, ils s’y attachent et l’intègrent généralement très bien. C’est d’autant plus dommage que les moyens ne soient pas mis en oeuvre pour une meilleure intégration…

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