Nous n’avions pas besoin d’être sages…

Quand j’étais petite, avec ma sœur, nous avons fait les 400 coups. Rien de bien méchant, je vous rassure, mais nous avons malgré tout notre lot de bêtises. Et quand j’y repense, j’ai l’impression qu’à cette époque, nous étions moins prudentes qu’aujourd’hui, moins encadrées (et pourtant, je crois bien que ma mère à moi était également une maman louve!). Petites, nous n’avions pas besoin d’être aussi sages qu’aujourd’hui…

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En fait, nous étions un peu sauvages, enfants. On était libres, on se sentait libres.
Nous passions nos journées dehors, sans avoir nos parents sur le dos pour nous empêcher de vivre nos expériences (enfin, ma mère était probablement postée derrière la fenêtre, discrètement, prête à bondir en cas de chute, mais nous ne nous en doutions pas à ce moment-là). Et puis nous avions cette chance, bien qu’habitant en région parisienne, de pouvoir profiter de la nature les week-ends et les vacances, entre la Picardie et la Franche Comté. Car c’est bien là-bas que nous avons les plus beaux souvenirs…

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Notre belle cabane!

Nous nous amusions à grimper sur les murs des jardins du voisinage, pour aller espionner chez ce fameux voisin effrayant, toujours cloîtré derrière sa fenêtre, qui avait une éolienne en ferraille et un îlot au milieu de son jardin, auquel on accédait par un pont fabriqué avec des tessons de bouteilles… (Un décor digne du Club des 5, on est bien d’accord ?!)
Et à plusieurs reprises, nous sommes tombées dans le fameux jardin, remontant le plus vite possible avec le plein de sensations fortes!

A croire que nous étions de vrais ouistitis, puisque lorsque ce n’était pas les murs des voisins que nous escaladions, nous grimpions le plus haut possible dans notre beau cerisier, à deux sur la même branche, nous nous postions là pour tenter d’attraper les oiseaux, manger les meilleures cerises (ben oui, tous les amateurs de cerises le savent, celles que l’on mange en étant dans l’arbre sont toujours meilleures que celles qu’on a cueilli!), ou simplement nous inventer des histoires, souvent à base d’attaques de loup, ou de navigation…

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Les week-ends à la campagne se transformaient en jeu de survie, à grimper sur les poutres les plus hautes de la grange de la maison de nos grands-parents, et en sauter pour nous jeter dans le foin…
Et lorsque nous n’étions pas dans les granges, nous explorions les dépendances en ruines de la ferme, passant des heures au milieu de planches branlantes et de clous rouillés. Et soyons honnêtes, on adorait ça!

Il faut dire qu’à la campagne, il y avait tellement de choses merveilleuses à découvrir pour nous, les petites citadines… Ne serait-ce que les ruches de notre grand-père… Fascinées et effrayées à la fois, nous ne résistions guère avant d’aller y jeter un œil quand personne ne nous surveillait, pour savoir laquelle de nous deux oserait s’en approcher le plus.
Ou même les vaches, et pire : les taureaux! Combien de fois avons-nous tenté de traverser la barrière du pré, juste pour voir si le taureau allait nous charger…

Bien sûr, en grandissant, nous avons voulu explorer les limites de l’interdit, et les dépasser parfois, pour voir ce que ça faisait… Rentrer à 9 dans une 106 (si si, c’est possible si l’un des 9 monte dans le coffre) musique à fond dans des routes de montagnes pour aller se rafraîchir à une cascade, tenter un resto-baskets, parce qu’on avait la permission de minuit et que le serveur tardait à amener l’addition, piquer un appareil photo jetable à Disney (oui, quand j’étais ado, le numérique n’existait pas!), et demander au vendeur de nous prendre en photo avec…
Je ne suis pas fière de ces bêtises-là, loin de là, mais elles font partie de moi, et malgré tout, ces actes ont engendré de sacrés fou-rires à l’époque, mélangés à un brin de culpabilité…

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Tu les vois les têtes de chipie ?

Mais aujourd’hui, toutes ces « bêtises » me terrifieraient si je voyais un de mes louveteaux les faire! En les voyant sauter du haut d’une grange, je penserais instantanément à une cheville tordue ou une jambe cassée ; les voir s’amuser dans des ruines me feraient m’inquiéter de leur vaccination contre le tétanos ; les voir s’approcher d’abeilles me feraient paniquer, me demandant s’ils pourraient y être allergiques… Et passer une barrière pour effrayer un taureau, je crois que j’en ferais une syncope!
Bon, les voir grimper aux arbres, je pense que je supporterais, mais j’aurais du mal à les quitter des yeux, juste au cas où…

C’est ce « juste au cas où« , justement, qui me pose problème. J’aimerais me dire que quand ils seront plus grand, j’aurais le cran de les laisser vivre leurs expériences sans m’immiscer, comme mes parents ont su le faire (d’ailleurs, quand je vois ma maman qui panique dés que ma fille grimpe sur le canapé, je me demande comment elle a réussi à lâcher prise et à nous laisser faire nos propres erreurs). J’aimerais me dire que je leur ferais assez confiance pour ne pas me dire « Je vais aller voir ce qu’ils font, juste au cas où…« .

Mais à l’heure actuelle, je ne crois pas que j’en serais capable. Je suis de nature trop angoissée, et j’imagine toujours le pire. Pourtant, je suis persuadée que les laisser découvrir certaines choses seuls est essentiel pour leur épanouissement.
Je suis reconnaissante à mes parents d’avoir su nous faire confiance, car j’ai vraiment eu une enfance heureuse, remplie de beaux souvenirs, pour la plupart avec ma sœur (mais beaucoup également avec mes parents!)

En plus, à l’ère d’internet, les informations circulent si vite, que nous sommes noyés de faits divers terribles qui ont coûté la vie ou blessé des enfants. Il y en avait probablement tout autant il y a 30 ans, mais on en parlait moins…
Et puis nous vivons en région parisienne, avec plus de risques, puisque plus de monde (c’est mathématique, la probabilité de rencontrer un taré est plus importante quand on se balade au milieu de 12 millions d’habitants qu’avec 1 million!)… Comme me l’a dit mon grand-père au téléphone il n’y a pas si longtemps : « Viens habiter chez nous! Il y a plus de vaches que de personnes, on ne risque pas de nous attaquer! » C’est peut-être ma solution! 😉

Alors je me rassure en me disant que mes P’tits loups sont encore petits, et qu’il est normal de s’inquiéter et d’être souvent sur leur dos… Après tout, à leurs âges, quand ils ne sont pas dans la même pièce que moi et qu’il n’y a pas de bruit, c’est qu’ils sont en train de faire une bêtise… (du genre vider l’armoire de vêtements par terre, ou le meuble à langer, ou encore vider la bouteille de savon dans la douche… Et oui, on a déménagé depuis 15 jours, et ma petite louve a déjà trouvé le temps de faire tout ça!).

Mais peut-être que pendant qu’ils grandiront, je découvrirais le secret pour les laisser plus libres, et qu’à leur tour, ils n’aient plus besoin d’être (toujours) sages! Et surtout, qu’ils ne perdent pas trop vite leur insouciance, elle est tellement précieuse!

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Et vous alors? Est-ce que vous étiez des enfants sauvages? Et est-ce que vous laissez vos petits loups l’être?

 

 

 

 

 

 

14 Commentaires

  1. Ça me parle beaucoup ce que tu écris !! La ferme de mon grand-père avec la mort au rats qui traîne et les outils rouillés .. la maison abandonnée au dessus de chez mes parents que nous allions explorer le mercredi.. et 9 dans ma 106, je l’ai fait aussi !!! LOL ! Les miens ont 10 et 8 ans, mais ils n’ont pas ce champ d’exploration à portée de main.. je m’efforce de me dire qu’il faut les lâcher un peu… ma fille commence à jouer avec sa copine seule dans le parc à côté de la maison. Je ne pense pas que les risques soient si différents de notre époque, par contre l’actualité et les médias sont beaucoup plus anxiogènes ..

  2. Enfance sauvage, dès 8/10 ans mes parents nous laissait vagabonder en bande dans la pinède autour du village de notre maison de vacances.
    J’espère pouvoir faire pareil, mais je me dis que vu que je le laisse vagabonder seul dans le jardin (avec le toboggan) sans surveillance depuis qu’il a 18 mois, ça devrait le faire

    • Oh oui, les grandes vacances et les explorations sans les parents, c’était chouette aussi!
      Depuis 2 semaines, on a un immense jardin, et je les laisse y jouer seuls, mais j’avoue être toutes les 5 minutes à la fenêtre pour vérifier que tout va bien, et sortir toutes les 10 minutes en leur demandant si ça va :p

  3. Pareil que toi, je n’avais pas mes parents sur le dos et j’étais très « garçon manqué » comme on disait à l’époque! Je passais mes journées dans les arbres à préparer des « armes » en bois pour pouvoir défendre notre arbre d’autres enfants qui le voulait. A 9-10 ans j’ai eu mon premier couteau suisse et personne pour me surveiller quand je m’en servais mais j’avoue que, comme toi j’ai du mal à lâcher mes Lutins même quand ils sont dans le jardin je ne peux pas rester dans la maison, pourtant il n’y a rien autour de chez nous. Je me dis aussi que peut être quand ils seront plus grand ca sera plus facile mais j’ai un doute!

    • C’est vrai! Les couteaux suisse! Je crois qu’on en a tous eu un, et on était trop fières!! 😉
      Et là aussi, j’ai du mal à m’imaginer donner ce genre de choses à un de mes loulous…
      Mais il faut y croire! Ce ne sera sûrement pas facile, mais on essaiera 😉

  4. Ah la la le pire c’est que tu as tout à fait raison, je m’y retrouve totalement.
    Je mettais ça sur le fait que maintenant je suis maman mais au final quand j’étais gamine c’est ma mère qui tenait ce rôle, et elle n’en faisait pas tant.
    J’en ai grimpé des barrières et murs pour rejoindre mes copines, aller dans les patures défier les boucs, les oies et le dindon, narguer le renard pris dans le piège, mis de l’eau dans le parfum de ma mère pour qu’elle en est plus, me maquiller avec des feutres indélébiles…
    Et maintenant on les surcouve, protège…
    Les bêtises sont moins grosses : graver son prénom quand on commence à écrire dans l’enduit du mur des toilettes, faire des confettis avec le papier toilette…

    • C’est le mot, je crois aussi qu’on a tendance à les surcouver, à les protéger pour qu’il ne leur arrive rien (comme dans Nemo :p), mais du coup, s’il ne leur arrive rien du tout, ils vont s’ennuyer…
      Les toilettes, c’est LA pièces magique pour faire des bêtises ^^

  5. Je me suis fait la même réfléxion l’autre jour en discutant avec ma mère…de dire que ce que nous avions fait enfants, nous ne pourrions jamais le laisser faire maintenant à nos enfants! Je crois que d’une, nos parents étaient moins informés, donc plus insouciants, et surtout, c’est une histoire d’époques…Car comme tu le soulignes – même eux, en tant que grand-parents maintenant, et plus que parents, ils sont bien moins permissifs qu’auparavant! Alors bon. On a quand même eu bien du bol!!

  6. C’est rigolo, moi mes parents ne m’ont jamais laisse faire toutes ces betises quand j’etais enfant. J’etais deja tres surveillee (et mes parents tres conscients des risques).
    Tes enfants (comme les miens) sont encore tres petits. Il est difficile de savoir ce qu’il en sera quand ils grandiront. Aujourd hui, je quitte rarement mes enfants des yeux car ils ne sont pas aptes a reagir en cas de probleme. Je me retiens en revanche d’intervenir trop vite s’ils ont un soucis, pour qu’ils apprennent a le gerer, mais je suis toujours la.
    Notre entourage au quotidien est plutot Thai et Anglo-saxon. Je pense qu’on est plus ou moins dans la norme de « protection » des enfants… Et par rapport, quand on rentre en France, je suis toujours assez etonnee de la facon dont les parents francais ont tendance a laisser s’autonomiser vite leurs enfants :)

  7. J’adore le récit de ton enfance. Digne d’une aventure du Club des 5 😉 Ayant grandit à la campagne, j’ai eu une enfance qui ressemble pas mal à ton récit. Avec la différence que nous étions 3 filles 😉 Et j’avoue que je ne m’étais jamais fait la remarque, mais ma maman, pourtant assez sévère sur certain points, avait les nerfs bien solides à nous regarder faire des acrobaties sur la balançoire, ou grimper haut dans les arbre… Avec mes enfant, je dirai qu’ils ont la chance d’avoir le père qu’ils ont… il me tempère et me dit toujours de les laisser faire… c’est pas facile! 😉 Mais je suis déjà bien moins nerveuse que lorsqu’ils étaient plus petit… il y a de l’espoir 😉

  8. C’est vrai ce que tu dis, comme toi j’ai l’impression d’avoir été libre quand j’étais enfant. Avec mon frère nous avons fait les 400 coups dans le jardin de mes parents mais aussi dans la pinède voisine.
    Je pense que le contexte actuel est pour beaucoup dans nos peurs de laisser nos enfants sans surveillance trop rapprochée. Chez nous il y a un grand jardin alors j’espère que je saurais laisser un peu d’air à ma Biscotte quand elle sera en âge de faire ses petites bêtises dans un coin du jardin 😉

  9. Ce récit me rappelle plein de souvenirs 😉 on avait la belle vie ! Je n’ai pas encore d’enfants mais je comprends bien les peurs que l’on peut avoir en tant que maman, on imagine toujours le pire… Mais je suis sûre que petit à petit tu laisseras leur liberté à tes petits loups. Et puis les bêtises ça se fait en cachette donc tu ne sauras peut-être pas toujours s’ils en font :-) !

  10. Ton article me parle à moi aussi, j’ai tant de beaux souvenirs de mon enfance. J’espère pouvoir être une maman qui sait lâcher prise, même si certaines choses m’angoissent déjà… surtout niveau adolescence, j’y pense alors que mon fils n’a que deux ans et demi !

    Par contre je me suis surprise à ne pas être une maman angoissée jusqu’à maintenant, mais c’est sa témérité qui m’a poussé à ne plus m’en faire. Mon fils a toujours été très casse-cou, il commençait à peine à marcher qu’il escaladait tout ce qu’il pouvait. Je suis une grande angoissée, mais j’ai vite compris que ça ne servait à rien et que j’allais vite m’en rendre malade, parce qu’il est comme ça… J’essaie de bien vivre le fait qu’il saute partout ! :)

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